La décroissance du système productif, un préalable à la sortie de crise ?
Cette question nous l'avons posé à Patrick Artus, économiste en chef de Natixis, analyste vedette de la place financière de Paris. Après l'avoir rencontré, je vous propose un petit résumé de son analyse économique...
Nous sommes sortis de la récession. Mais ceux qui pensent que nous sommes dans un schéma de reprise classique se trompent. Le monde est encore sous assistance respiratoire. Dans les grands économies occidentales, le pouvoir d'achat a été dopé par les transferts publics. Les plans de relance ont été, en ce sens, très efficaces. Néanmoins, on continue à perdre des emplois. Et l'effet du stimulant public va bientôt disparaître.
La crise financière qui a secoué le monde n'est évidemment pas uniquement le fruit de l'avidité de quelques traders. La crise financière n'est que l'expression d'une crise plus profonde, caractérisée par un excès de capacité de production à l'échelle mondiale. Il y a trop d'usine et pas assez de consommateurs en face. Nous sommes dans le scénario décrit par Karl Marx de suraccumulation du capital. Pour que les consommateurs continuent à acheter, on les pousse à s'endetter. L'ingénierie financière n'a fait qu'accompagner ce déséquilibre en procurant aux ménages, aux entreprises et aux états de nouvelles façons de s'endetter. D'où les subprimes, la titrisation, etc.
Par conséquent, il ne sert à rien de vouloir réguler la finance. Ce qu'il faut c'est changer de modèle de croissance. Une croissance qui soit plus propre, moins gourmande en matière première et en énergie, une croissance des services et non des objets, une croissance de la connaissance et de l'être plutôt qu'une croissance de l'avoir.
FA

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