Comment définir la décroissance ?
La décroissance n'est pas plus un concept scientifique que ne l'est le développement durable. Il s'agit d'un mot obus qui permet de pulvériser l'idéologie dominante et de décoloniser l'imaginaire. Il doit nous conduire à penser que la croissance infinie dans un monde fini n'est ni possible, ni souhaitable.
Pourquoi et comment est née la décroissance ?
La décroissance est née de la faillite de quatre modèles : celui du capitalisme, celui de la social-démocratie, celui du communisme et celui d'une certaine écologie politique incapable de lier question environnementale et question sociale. La décroissance tente d'articuler les questions que posent plusieurs grandes crises. La crise environnementale, la crise sociale avec l'explosion des inégalités, la crise politique avec la disparition des grands idéaux, et la crise de la personne humaine avec d'un côté la boulimie de consommation et intimement lié l'explosion des pathologies mentales.
Comment expliquer les dérives de la société moderne ?
Notre société a plongé dans la démesure. C'est à dire que nous avons perdu la capacité de nous donner des limites. Un individu qui ne sait pas se donner des limites va inévitablement les chercher dans le réel (conduites à risque, alcool, toxicomanies...). De même, une société incapable de se donner des limites va les cherches dans le réel (épuisement des ressources, explosion des inégalités, consumérisme à outrance). La grande question du XXie siècle est bien notre capacité à nous donner des limites. Ce qui suppose de réintroduire l'économie capitaliste (qui ne peut fonctionner que sur l'absence de limites) dans le politique et le culturel.
La décroissance n'est elle pas qu'une utopie irréaliste ?
La décroissance est une utopie concrète. Une utopie au sens où elle s'oppose au système économique actuel, la décroissance lui oppose de nouvelles valeurs de nouveaux principes d'organisation. Néanmoins, la décroissance n'a rien du mythe. Il nous faudra dans les prochaines décennies nécessairement réduite notre production de gaz à effet de serre, s'il l'on veut que notre planète reste habitable; il nous faudra apprendre à partager les ressources communes (métaux, bois, eau...); il nous faudra apprendre à considérer que la perpétuelle course en avant qu'est la croissance épuise l'homme et épuise sa planète.
La décroissance s'entend sur au moins trois niveaux d'actions :
1. Un nouveau mode de vie : c'est la simplicité volontaire. Il s'agit de mettre son mode de vie en conformité avec ses valeurs. C'est vivre plus simplement, en consommant moins, en vivant plus sobrement d'un point de vue matériel, mais beaucoup plus richement d'un point de vue spirituel et humain. La cohérence nécessaire entre choix de vie et mode de vie, nous éloigne d'une certaine vision socialiste extrême qui consiste à attendre le grand soir avant d'engager la moindre initiative. La décroissance est avant tout un mode de vie à cohérent, à part entière.
2. Les actions collectives : tout ce que l'on peut bricoler dans les marges du système est positif pour commencer à éveiller les consciences. Je pense aux AMAP (qui rencontrent un vif succès), aux Transition Towns (villes réduisant leur dépendance au pétrole), à toutes les initiatives qui visent à vivre mieux en consommant moins. Cela reste néanmoins insuffisant, nous ne souhaitons pas voir se développer une société duale où des macro systèmes s'affronteraient. Ce n'est ni souhaitable, ni réaliste.
3. Un projet politique alternatif et crédible. Nous avons besoin d'un paradigme pour donner du lien à l'ensemble de ces initiatives personnelles et citoyennes qui forment un archipel d'idées aussi intéressantes qu'isolées. Le seul paradigme économique qui puisse s'opposer à l'hyperconsommation 'hyper avoir' et l'hyperhummanisation 'hyper être'. C'est le passage d'une société motivée par la recherche de plaisirs personnels (qui reposent en grande partie sur la consommation de biens matériels), à une société menée par la recherche de liens et par la connaissance du monde, des autres et de soi-même.
FA

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