Introduction au rapport du Sustainable Development Commission (UK), "Prosperity without growth" mené par Tim Jackson, mars 2009 - Téléchargement Prosperity_without_growth_report
Chaque société s'accroche à un mythe qui la fait vivre. Notre mythe est celui de la croissance économique. Durant ces cinq dernières décennies, la recherche de la croissance a été la seule véritable politique globale poursuivie.
L'économie mondiale est 5 fois plus importante qu'elle ne l'était il y a tout juste un siècle. Si elle continue de croître au même rythme, elle sera 80 fois plus importante d'ici 2100. L'extraordinaire expansion économique actuelle n'a aucun précèdent historique. Elle va complètement à contre sens de la finitude des ressources terrestres. Elle s'est déjà accompagnée de la dégradation de plus de 60% de notre écosystème. Pour la plupart nous occultons la terrible réalité de ces chiffres. La croyance la plus répondue consiste à penser que la croissance continuera indéfiniment, crise financière mise à part. Pas seulement pour les pays les plus pauvres, où une meilleure qualité de vie est évidemment une légitime attente; mais aussi pour les plus riches nations de la planète où l'addition de bien être matériel n'a que peu d'effet sur le bonheur et peu même le mettre en péril.
Les raisons de cette cécité collective sont assez facile à comprendre. L'économie moderne est structurellement reliée à la croissance économique pour sa stabilité. Lorsque la croissance s'effondre (comme elle l'a fait récemment) les politiciens paniquent. Les entreprises luttent pour survivre. Les gens perdent leurs emplois et parfois leurs maisons. Une spirale de récession se dessine. Questionner la croissance est uniquement réservé aux lunatiques, aux idéalistes, aux révolutionnaires et aux décroissants (synthèse malhabile de tout ceux-ci).
Mais le mythe de la croissance nous a trompé. Il a trompé les deux milliards d'humains qui vivent toujours avec moins de 2$ par jour. Il a trompé le fragile écosystème sur lequel nous vivons. Et il a spectaculairement échoué à garantir la stabilité de notre économie et de nos moyens de subsistance. Aujourd'hui, nous nous trouvons face à la fin imminente du pétrole bon marché, à la hausse inéluctable des prix du transport, à la dégradation des forêts, des lacs et des sols, et face au défi de la stabilisation du taux de CO2 dans l'atmosphère. Et nous devons y faire face avec une économie fondamentalement inadaptée ayant désespérément besoin d'être repensé.
Dans ces circonstances, un retour aux vieilles pratiques ne peut pas être une option. La prospérité pour quelques uns par la destruction de l'environnement, et la persistance d'injustices sociales ne peuvent être un objectif acceptable pour des sociétés démocratiques.
Une amélioration de la situation économique est nécessaire. Protéger les emplois (et en créer de nouveaux) est absolument essentiel. Mais il nous faut le faire dans un état d'esprit différent, en s'éloignant du mythe dépassé de la croissance comme alpha et oméga de toute pensée économique. Appeler de ses voeux ces changements peut paraître une tâche incongrue pour les politiques de l'âge moderne. Le rôle des gouvernements a été volontairement limité à la bonne gestion des questions matérielles, conséquence d'une vision tronquée de l'idée de liberté. Le concept de gouvernance lui même doit être repensé.
La crise économique actuelle nous offre une opportunité unique de nous investir dans une refondation. De mettre de côté le raisonnement court-termiste qui gouverne notre société depuis des décennies. Et de le remplacer par une politique globale capable de répondre à l'immense défi qui consiste à rechercher une prospérité durable. La prospérité va bien au delà des plaisirs matériels, elle les transcende. La prospérité réside dans la qualité de nos vies, dans la richesse et le bonheur de nos familles. Elle est présente dans la force de nos relations et de la confiance que nous manifeste notre communauté. Elle s'exprime par notre satisfaction au travail ou par notre capacité à échanger, partager nos sentiments et nos idées.
La prospérité pourrait se résumer à notre capacité à nous épanouir en tant qu'être humain, au sein des limites de notre planète, de notre espace de vie. Le défi de notre société est de créer les conditions de ce changement. Cela n'a rien d'une utopie, c'est la tâche la plus urgente que nous devons accomplir.
Nous aurons l'occasion de préciser et d'approfondir les pistes évoquées dans ce rapport.
FA

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